Donation entre époux : droits et avantages
Donation entre époux : droits, avantages et fiscalité expliqués. Protégez votre conjoint survivant grâce à la donation au dernier vivant en 2026.

La donation entre époux, qu'on appelle aussi donation au dernier vivant, est l'un des rares outils capables d'élargir vraiment les droits du conjoint survivant sur ce que laisse le défunt. Sans cet acte, le conjoint se retrouve souvent avec une fraction réduite des biens, en concurrence directe avec les enfants ou les parents. Encadrée par les articles 1094 à 1099-1 du Code civil, cette démarche notariée offre une protection patrimoniale taillée sur mesure. Chaque couple marié gagnerait à en mesurer les effets concrets : avant de décider de s'en passer.
Ce qu'il faut retenir
- La donation entre époux (art. 1094-1 du Code civil) permet au conjoint survivant de choisir entre l'usufruit de la totalité des biens, la pleine propriété de la quotité disponible ordinaire, ou un quart en pleine propriété et trois quarts en usufruit.
- En présence d'enfants, le conjoint sans donation au dernier vivant n'hérite légalement que d'un quart des biens en pleine propriété ou de l'usufruit de la totalité (art. 757 du Code civil).
- La donation entre époux est exonérée de droits de mutation depuis la loi du 21 août 2007 : aucun droit de donation ni de succession n'est dû par le conjoint survivant.
- L'acte doit être établi devant notaire pour être valide ; il est révocable unilatéralement à tout moment, ce qui constitue à la fois une souplesse et un risque.
- Les concubins et partenaires de PACS ne peuvent pas bénéficier de la donation entre époux : ce mécanisme est réservé aux couples mariés.
Donation entre époux : définition et cadre légal
La donation entre époux, désignée aussi sous le terme « donation au dernier vivant », est un acte par lequel un époux attribue à l'autre certains droits sur ses biens présents ou futurs. Son fondement : les articles 1094 à 1099-1 du Code civil.
Mais attention, rien ne change du vivant du donateur. Contrairement à une donation classique, celle-ci ne produit ses effets qu'au décès. Le donataire ne touche rien avant. C'est ce qu'on appelle une disposition à cause de mort. L'article 1094-1 du Code civil liste précisément les options ouvertes au conjoint survivant une fois la donation acceptée.
L'acte doit impérativement être rédigé par un notaire sous forme authentique. Un simple écrit sous seing privé ? Sans valeur juridique pour ce type de libéralité. Côté coût, comptez généralement entre 150 € et 350 € en honoraires, selon l'étude notariale.
Depuis la loi du 21 août 2007 portant réforme de la fiscalité successorale, le conjoint survivant bénéficie d'une exonération totale de droits de succession (art. 796-0 bis du Code général des impôts). Cette exonération vaut autant pour la succession légale que pour les biens reçus via une donation au dernier vivant. Résultat : aucun coût fiscal pour le bénéficiaire.
Droits du conjoint survivant avec une donation entre époux
Sans donation au dernier vivant, les droits du conjoint survivant restent bridés par la loi. En présence d'enfants communs, l'article 757 du Code civil lui laisse le choix entre l'usufruit de la totalité des biens ou la pleine propriété d'un quart seulement. Avec des enfants non communs, seul ce quart en pleine propriété est possible. C'est souvent insuffisant.
Grâce à la donation entre époux, l'article 1094-1 du Code civil ouvre au conjoint survivant quatre possibilités concrètes :
- Usufruit de la totalité des biens : le conjoint utilise et perçoit les revenus de l'ensemble du patrimoine jusqu'à son propre décès, sans en devenir propriétaire.
- Quotité disponible en pleine propriété : il reçoit en pleine propriété la fraction que la loi permet de transmettre librement, variable selon le nombre d'enfants.
- Quart en pleine propriété et trois quarts en usufruit : formule mixte combinant propriété réelle et droits d'usage.
- Liberté de panachage : dans certaines configurations, le conjoint peut adapter son choix à des biens déterminés.
Ce choix s'exerce après le décès du donateur. Le survivant peut ainsi coller à sa situation réelle : âge, besoins en liquidités, relations avec les enfants. Un époux âgé préférera souvent l'usufruit total pour rester dans le logement familial. Un époux plus jeune pourra viser la pleine propriété pour construire son propre patrimoine.
C'est là, franchement, l'avantage décisif de la donation au dernier vivant par rapport aux seuls droits légaux. Pour aller plus loin sur les règles générales, voir notre guide sur la succession et les droits des héritiers.
Donation entre époux et enfants : protéger sans déshériter
La présence d'enfants change l'étendue de la protection. La réserve héréditaire (art. 912 du Code civil) fixe une limite à ce que les époux peuvent librement se transmettre.
Concrètement : avec un seul enfant, la quotité disponible représente la moitié du patrimoine. Avec deux enfants, elle tombe au tiers. À partir de trois, elle est réduite au quart. Et la donation entre époux ne peut porter sur cette quotité disponible en pleine propriété que dans ces limites.
Les familles recomposées compliquent encore les choses. Si le défunt laisse des enfants non communs, la donation ne peut pas les priver de leur réserve. Depuis la réforme introduite par la loi du 3 décembre 2001, un enfant issu d'une première union peut « cantonner » la donation au dernier vivant, c'est-à-dire en limiter l'étendue à certains biens seulement (art. 1094-1 al. 3 du Code civil).
L'usufruit total, lui, n'empiète pas sur la réserve en pleine propriété des enfants. Ces derniers restent nus-propriétaires et récupèrent la pleine propriété au décès du conjoint survivant. C'est souvent la solution la plus équilibrée dans les familles avec enfants : elle protège le conjoint sans déposséder les héritiers réservataires.
Fiscalité de la donation entre époux : zéro droits à payer
Aucun droit fiscal au décès du donateur. C'est l'un des atouts les plus concrets de la donation entre époux. L'article 796-0 bis du Code général des impôts exonère totalement le conjoint survivant des droits de mutation à titre gratuit, quelle que soit la valeur des biens transmis.
Peu importe le montant du patrimoine, peu importe la nature des biens (immobilier, comptes bancaires, valeurs mobilières, entreprise) : l'exonération s'applique sans condition. Elle vaut que la transmission résulte de la loi ou d'une donation au dernier vivant.
Mais cette exonération ne concerne que les couples mariés. Les concubins (union libre) n'ont aucun statut successoral et sont imposés à 60 % sur les successions, selon service-public.fr. Les partenaires de PACS bénéficient, eux, d'une exonération identique depuis 2007 : mais sans pouvoir recourir à la donation entre époux stricto sensu. Nuance importante.
Le calcul des droits de donation, rappelé par service-public.fr, consiste à déduire les abattements applicables de la valeur transmise, puis à appliquer un barème progressif. Pour le conjoint marié, l'abattement est de fait illimité en raison de l'exonération totale. Et aucune déclaration de succession n'est requise pour la part lui revenant : ce qui allège considérablement les démarches administratives au moment du deuil.
Donation entre époux pendant le mariage : modalités pratiques
La donation entre époux peut être réalisée à tout moment pendant le mariage, y compris lors de la signature du contrat de mariage. L'article 1099 du Code civil précise qu'une telle donation consentie dans ce cadre est réputée faite sous la condition implicite de survie du donataire.
L'acte notarié est obligatoire (art. 931 du Code civil). Le notaire vérifie l'identité des époux, s'assure de leur consentement libre et éclairé, et enregistre l'acte. Les deux époux n'ont pas à se rendre chez le même notaire : chacun peut mandater son propre conseil.
Autre particularité : la donation entre époux est révocable unilatéralement à tout moment, sans justification ni accord du conjoint (art. 1096 du Code civil). C'est une différence fondamentale avec les donations ordinaires, irrévocables en principe. Cette révocabilité protège le donateur : mais elle expose le donataire. En cas de procédure de divorce, la révocation peut intervenir avant le prononcé du jugement. Elle aussi doit être formalisée devant notaire.
Pour les comptes bancaires, la situation est plus nuancée. Les comptes joints sont en principe débloqués sans restriction pour le conjoint survivant. Les comptes personnels, eux, suivent les règles de la succession, sauf stipulation contraire dans l'acte de donation ou le testament. Autant anticiper ces questions avec un notaire.
Avantages et inconvénients de la donation au dernier vivant
La donation entre époux présente des avantages patrimoniaux réels. Elle a aussi ses limites : et il vaut mieux les connaître avant de signer.
Avantages :
- Protection renforcée du conjoint : droits élargis sur la totalité des biens présents et futurs.
- Exonération fiscale totale : aucun droit de succession ni de donation (art. 796-0 bis CGI).
- Liberté de choix après décès : le conjoint adapte l'option à sa situation réelle.
- Coût réduit : entre 150 € et 350 € pour l'acte notarié, modeste au regard de la protection apportée.
Inconvénients :
- Révocabilité unilatérale : le donateur peut révoquer sans en informer son conjoint, à tout moment (art. 1096 Code civil).
- Impact sur les enfants : l'usufruit total peut bloquer la gestion d'un bien immobilier si nus-propriétaires et usufruitier sont en désaccord.
- Caducité en cas de prédécès du donataire : si le conjoint meurt avant le donateur, la donation tombe et rien n'est transmis.
- Inapplicable hors mariage : concubins et partenaires de PACS ne peuvent pas y recourir.
La pratique montre que chaque situation familiale mérite une analyse individualisée : par un notaire ou un avocat spécialisé en droit des successions. Des clauses supplémentaires (clause de retour conventionnel, clause de préciput) peuvent être intégrées pour personnaliser davantage la protection.
Fiche pratique
| Textes applicables | Art. 1094 à 1099-1 du Code civil (donation entre époux) ; art. 796-0 bis du CGI (exonération fiscale) |
| Droits fiscaux dus par le conjoint | 0 € (exonération totale depuis la loi du 21 août 2007) |
| Coût de l'acte notarié | 150 € à 350 € en honoraires notariaux (variable selon l'étude) |
| Forme requise | Acte authentique devant notaire obligatoire (art. 931 du Code civil) |
| Révocabilité | Unilatérale, à tout moment, sans accord du conjoint (art. 1096 du Code civil) |
| Options du conjoint survivant | 1) Usufruit de la totalité / 2) Quotité disponible en pleine propriété / 3) Quart PP + trois quarts usufruit |
| Quotité disponible selon le nombre d'enfants | 1 enfant : 1/2 ; 2 enfants : 1/3 ; 3 enfants et plus : 1/4 |
| Bénéficiaires éligibles | Uniquement les couples mariés (exclus : PACS, concubinage) |
| Juridiction compétente | Tribunal judiciaire du lieu d'ouverture de la succession |
| Contact officiel | Notaire (annuaire sur notaires.fr) ; service-public.fr/particuliers/vosdroits/F14203 |
Sources
- legifrance.gouv.fr
- legifrance.gouv.fr
- service-public.gouv.fr
- service-public.gouv.fr
- service-public.gouv.fr
- service-public.gouv.fr
- service-public.gouv.fr
- legifrance.gouv.fr
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Consultez un avocat ou un professionnel du droit pour toute situation concrète.
Questions sur la succession
Quel est l'avantage de faire une donation entre époux ?
La donation entre époux élargit les droits du conjoint survivant au-delà de ce que prévoit la loi. Sans cet acte, le conjoint ne reçoit souvent qu'un quart des biens en présence d'enfants (art. 757 du Code civil). Avec lui, il peut opter pour l'usufruit de la totalité des biens, la pleine propriété de la quotité disponible, ou une formule mixte (art. 1094-1 du Code civil). Et côté fiscal : aucun droit à payer pour le conjoint survivant.
Quels sont les droits du conjoint survivant avec une donation entre époux ?
Grâce à la donation au dernier vivant, le conjoint survivant peut choisir entre plusieurs options : l'usufruit de la totalité des biens du défunt, la quotité disponible en pleine propriété (la moitié, le tiers ou le quart selon le nombre d'enfants), ou encore un quart en pleine propriété combiné à trois quarts en usufruit. Ce choix s'exerce après le décès du donateur, en fonction de la situation concrète du survivant. Sans donation, ces options sont beaucoup plus réduites.
Quels sont les droits à payer pour une donation entre époux ?
Depuis la loi du 21 août 2007, le conjoint survivant est totalement exonéré de droits de succession et de droits de donation (art. 796-0 bis du Code général des impôts). Cette exonération est inconditionnelle : peu importe la valeur du patrimoine ou la nature des biens. Le seul coût réel est celui de l'acte notarié au moment de la rédaction de la donation, généralement entre 150 € et 350 €.
Quels sont les inconvénients d'une donation au dernier vivant ?
La donation entre époux est révocable unilatéralement à tout moment par le donateur, sans en informer le conjoint (art. 1096 du Code civil). L'usufruit total peut aussi créer des frictions avec les enfants nus-propriétaires, notamment pour gérer des biens immobiliers. Si le conjoint donataire décède avant le donateur, la donation est caduque. Enfin, elle ne protège ni les partenaires de PACS ni les concubins, qui ne peuvent pas y recourir.
La donation entre époux est-elle automatique lors du mariage ?
Non, la donation entre époux n'est pas automatique. Elle doit faire l'objet d'un acte notarié distinct du contrat de mariage, sauf si elle y est expressément intégrée. Sans cet acte, seuls les droits légaux s'appliquent : souvent moins protecteurs pour le conjoint survivant. Il suffit de prendre rendez-vous avec un notaire pour la mettre en place, à n'importe quel moment pendant le mariage.
